L'Art
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n regard qui glisse, aussi imperceptible qu'un poignard, à travers une nuit triste et noire.
Laissons aux amateurs d'Opéra la digne certitude de voir de l'Art.
Car j'égrène un fait : l'Art n'est plus, autant qu'il puisse être.
C'est dans le principe vertigineux de cette fuite de l'esprit que l'homme, reflet noirci de ses propres vices, quitte ainsi la scène sans détour.
L'Art ne cherche pas à imprimer des idées, fixer des lieux, énumérer quelques personnages de papier.
Non l'Art ne cherche même plus à soulever les passions : il est devenu la vie elle même, autant qu'il s'en détache.
Poser l'Art comme un produit, j'affirme son cheminement.
L'Art ne sera pas, déjà il n'est plus, seule reste l'éphémère, seule avance l'insondable.
Laissons tomber les masques, sortons de tout type de vaine posture : on a tant dit sur l'Art, le vrai, le beau, qu'on ne peut alors que mépriser cette entité grotesque, qui souille de ses lignes parfaites, abstraites, une réalité insoutenable, crasse, sale, dégoulinante de banalité.
Définir l'Art par ce qu'il n'est pas, c'est en vérité une démarche à peine plus audacieuse que la précédente.
Si elle a le mérite de poser l'Art comme un tout qui s'évapore, elle à l'impudence de la penser en opposition constante au monde, dans un rapport conflictuel et contradictoire.
Rien de plus faux.
L'Art nous révulse, pire, nous fascine.
Il me fascine.
Derrière cette pointe d'individu, distinguez une crête blanchie.
Voyez la cime amère d'une haute vague d'illusions gardées, qui sans cesse s'affaissent, sans cesse tournent et, bouillent, roulent d'un torrent gémissant qui finit par se briser, tendrement, follement, sans un cri, sans un bruit.
Qu'on puisse poser l'Art comme une réalité en face des autres, c'est oublier qu'il est un ciel clair, une atmosphère lourde, qui inspire et transpire de tous pores.
Peindre, dire, écrire, oser : banalités affligeantes qui retranscrivent avec fadeur cette marche de l'inconnu, ce mouvement du présent sans horloge.
L'Art ne peut être que moderne ou mort, impression fugace autant qu'il se pressent comme éternel.
Aussi long que cette séquence puisse l'être, cernée par la seule existence humaine, posant comme limite l'infini de son imagination placide.
Comment disserter sur l'Art sans parler d'artiste ?
C'est qu'à force de noms, on fini par s'user.
Je hais Rimbaud parce qu'il est, et cela aux yeux de tous.
Un rêve qu'on dissipe vaguement, des brumes qui s'élèvent : l'Art est fait d'homme, mais il ne se cache en personne.
Plus de mage, de voyant, de prophète : les délices lyriques, monstrueuses aujourd'hui de scolarité, les étoiles blanchies de l'artiste, ont toutes fini par s'éteindre.
Mais alors qu'est ce donc que l'Art ?
En dernière instance, une interrogation sans réponse qu'on soulève.