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lundi 7 février 2011

Le rapport brûlant entre « vivre » et « enfer »

Le rapport brûlant entre « vivre » et « enfer »

« Tes fins doigts dans la bouche
Ces spasmes qui te soufflent
Les mains du bonheur
Je vois que tu souffres
Et par poignées tu les perds »
Eths – bulimiarexia..                                        

Ce jour-là, je me suis réveillée dans une atmosphère humide. Le climat était doux, je me sentais bien, comme dans du coton... ma tête était si lourde que j’ai préféré garder mes yeux fermés et me replonger dans un sommeil nouveau. Puis tout devint noir.. .
Je marchais dans cette ville, j’avais l’impression qu’ils me surveillaient tous, qu’ils guettaient la moindre erreur de ma part pour pouvoir me descendre... Ha ! Me descendre !? Mais jusqu’où ?... Je suis déjà au plus profond... Pourtant, je continuais d’avancer, de fixer mes pieds, je ne peux plus tenir mon corps, mais je me traîne quand même. Non ! Je ne peux plus avancer, quelque chose me retient ! Mais je refuse de m’arrêter ! Mon corps en décide autrement, je m’assois devant un magasin. De lingerie ou de prêt-à-porter ? Je ne m’en souviens plus vraiment. Des filles à l’intérieur nettoyaient le comptoir, je me suis mise à détester leurs formes. J’ai tort, car ce qui me répugnait plus que tout, c’était mon reflet qui osait apparaître dans la vitrine. Eh oui... toujours une grosse vache, sauf qu’à cette vache, il ne lui reste que les os...
- Petite ! Réveille-toi ! cria une voie inconnue...
Puis, une main tapota à plusieurs reprises mon épaule, me secouant dans tous les sens. Une deuxième main déchira mon collant :
- Que faites-vous !!! hurlai-je.
L’inconnu était un jeune garçon aux yeux clairs et aux cheveux sombres en pagaille. Ignorant ma remarque, il continuait de déchirer une bande de mon collant avant de dire :
- Comme tu le vois j’arrête le sang, mais ensuite, pars vite d’ici, il ne faut pas rester là.
En effet, ma jambe était blessée, elle ne ressemblait qu’à un morceau de chair où un boucher avait planté son couteau. Elle me faisait horriblement mal. L’autre parlait dans le vide, je ne l’écoutais plus, j’étais ailleurs, je faisais l’inventaire du paysage. Je me trouvais dans un vaste terrain vague, d’un côté se trouvaient une multitude de sapins, de l’autre, on pouvait voir une autoroute qu'aucune voiture n’empruntait.
- S’il te plaît, jeune fille, filons vite d’ici. Viens, je te ramène chez toi.
- Mais où suis-je ? Et toi ? Qui es-tu ?
- Ce n’est pas le bon moment pour faire connaissance. Lève-toi et rentre chez toi.
Puis, voyant que je ne bougeais pas, il comprit que je n’allais pas me lever. Il comprit surtout que j’étais perdue.
- Hey ! Tu te sens capable de marcher ?
L’air embarrassé, il passa la main dans ces cheveux avant de répliquer : D’accord, je t’emmène avec moi.
C’était tout en marchant que je compris que ma vie repartait à zéro. On avait effacé l’historique dans ma tête. Pendant que l’inconnu essayait tant bien que mal de traîner ma carcasse vers la forêt et m’incitait à avancer, je vis mon horrible reflet dans une flaque d’eau... J’arrivais à compter tous mes os, juste en me
juste en me regardant, on aurait dit la réincarnation d’un arbre avec les feuilles dans les cheveux, de la mousse dans ma frange, des morceaux d’écorce et de la boue sur les vêtements, la manche de ma veste était écorchée, un collant ne couvrait plus qu’un tiers de mes jambes. Je savais que j’étais dans un sale pétrin. Que faire ? Prendre la vie comme elle vient restait la seule solution. On fit plusieurs mètres. Lorsqu’il eut la fatigue de sentir mon poids contre lui, il me demanda :
- Tu as quel âge, petite ?
- 17 ans, tu vas te décider à me dire qui tu es maintenant ?
L’inconnu ne me répondit pas, je n’en étais pas étonnée. Il m’avait déjà emmené devant une vieille maison à deux étages au cœur de la forêt sans même que je m’en rende compte.
Elle était spacieuse, mais qui pouvait vivre dans un endroit aussi retiré ? Il frappa cinq fois à la porte, et un homme ouvrit. Il était grand et costaud, il avait de longs cheveux noirs séparés d’une raie qui fendait son crâne. Je n’ai pas pris le risque de compter ses tatouages.
- Oh non ! T’en as pas marre de nous ramener des filles ! Cette fois c’est la dernière !
- Hey ! T’emballe pas, elle était sur le terrain vague. Une gamine inconsciente qui s’est blessée.
- Ah. D’accord...
Et il nous laissa enfin entrer. Ouf. J’ai failli attendre, merci bien pour l’accueil ! Sans même me demander mon avis, il me fit asseoir sur un canapé, à quelques mètres de la porte. Ils s’assirent en face de moi, et débutèrent l’interrogatoire :
- Fais pas la maligne et dis-nous d’où tu viens, demanda le costaud
- Moi aussi je suis enchantée de vous connaître, je m’appelle Orphey et vous ? Vous allez bien j’espère ? Je viens de Gardely Hill, ça vous rassure ? Je suis un être humain, vous savez ? Vous l’avez sûrement remarqué... C’est à mon tour de poser des questions : pourquoi me traitez -vous comme une délinquante qui subit avec frayeur un interrogatoire ?
Ils éclatèrent de rire !
- Oui, oui, désolés, mais avec les gens qui traînent ici, on a beaucoup de raison de se méfier. Tu sais, tu es à des kilomètres de Gardely Hill. De quoi te souviens-tu ? Oups. Je suis impoli. Excuse-moi. Je m’appelle Emile, disait, avec un certain orgueil, celui qui m’a trouvé dans un état végétatif. Il avait répondu sur le même ton que moi, du genre : « Alors t’as vu ! Moi aussi je sais parler comme toi ! »
Je ne m’étais jamais comportée de cette manière auparavant, mais j’étais à bout. Je me retrouvais au milieu de nulle part, et des inconnus parlaient de moi en ignorant ma présence.
- Je me présente : je m’appelle Earl. Pour te rassurer, je dirais que tu n’es pas la première à finir ici. Plusieurs personnes comme toi, après des soirées bien arrosées, finissent ici, parfois pour camper, mais ils repartent après. Comme on te l’a dit, pas loin d’ici, des filous exercent des choses pas très orthodoxes. Désolé pour l’accueil. Qu’as-tu fait pendant ta dernière soirée ?
Ma dernière soirée ? J’étais chez Kelly, comme dans toutes les soirées j’avais commencé à boire, à me nourrir d’alcool et de cigarettes. J’ai vu Denis avec une autre fille. Je suis partie seule dans la rue... Je n’avais pas envie de me souvenir du reste...
- Je ne veux pas en parler.
Au même moment, une fille à la peau mate entra dans la pièce et s’alluma une cigarette. Sans même me regarder, elle grogna :
- Oh non, encore une qui s’est perdue ? C’est vraiment con, hein ?...
- Ne te moque pas, Mona, tu étais dans le même cas il y a trois mois.
- OK, mais je me demande bien au bout de combien de temps vous allez lui faire confiance...
- Ha ! Ha ! Ha ! Mona et son éternelle bonne humeur... Allez, occupe-toi d’Orphey. Va l’aider à désinfecter sa jambe.
Elle me prit par le bras pour m’aider à marcher, me fit monter les escaliers et m’emmena à la salle de bains. Sans rien dire, elle commença à me soigner. Quand elle eut fini d’attacher un bandage bien serré, elle me prêta des vêtements secs :
- Ca fait combien de temps que tu n’as pas mangé ?
- Je mange tout le temps, je mange trop même...
Pas besoin de le lui expliquer, en un regard elle avait tout compris.
- Tu sais Orphey, moi aussi j’en ai des problèmes. Je ne te connais pas, mais des fois, il faut vraiment penser à ce que l’on fait. Tu veux dormir un peu ? Ne t’inquiète pas, Emile et Earl se montrent froids, mais c’est dans leur nature. Dans même pas trois jours, vous serez comme frères et sœur.
- Si tu le dis...
Puis, elle m’emmena dans la pièce adjacente, je m’allongeai sur un lit bien trop grand.
Le lendemain au petit déjeuner, j’eus l’impression que l’enfer recommençait. Courant dans toute la maison, je cherche les toilettes. Je me laisse tomber.

« Le sang colle autant de fois que tu y vas
Délivre-toi de ce poids avec tes doigts
Tu ne t’arrêteras pas... »
Entre deux nausées, l’instant sourd.
(A suivre)
Mathilde Parassouramin

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